J'ai endormi ma grand-mère

Un jeudi chaud le matin

Elle est retournée poussière

Elle a changé de teint

J'ai entendu la berceuse

Qu'elle chantait dans notre lit

Elle est passée en faucheuse

C'est à la terre qu'elle se lie

 

 J'ai brodé mes souvenirs

Aux napperons de sa nuit

Au canevas du mourir

A la couvertures des pluies

Elle a tissé son départ

Elle a décousu demain

Détricoté son regard

Effiloché ses deux mains

 

J'ai endormi ma grand-mère

Car elle avait peur du loup

Qui traînait dans la chaumière

Quand on sortait de chez nous

 Moi j'attendais gentiment

Le Petit Chaperon rouge

Et la Belle au bois dormant

Dans mes rêves où rien ne bouge

 

 C'est toujours elle qui m'habille

De la joie et du chagrin

Des couleurs sur ma chemise

Des mots qui ne servent à rien

C'est toujours elle qui m'habille

De la joie et du chagrin

Des couleurs sous ma chemise

Des mots qui me servent d'écrin

 

Rien de rien..on n'oublie rien...